À heure où Piaggio, le plus grand fabricant de scooters d’Europe, développe avec succès des innovations techniques qui font progresser le confort, la sécurité et le respect de l’environnement, Peugeot préfère apposer sa griffe sur des modèles vieillissants depuis longtemps proposés par de nombreuses marques chinoises et coréennes à des prix défiant toute concurrence et même en vente par correspondance sur Internet.
Les machines arrivent en kit en provenance d’Asie et sont assemblées dans les ateliers de la marque française sans même que l’esthétique ni les équipements ne subissent aucun changement ou amélioration.
Tout se passe comme si le félin centenaire ignorait que le meilleur outil de communication résidait dans le produit lui-même, que la facture de chaque produit signé par une marque affectait la perception de l’offre commerciale entière. La tenue des toilettes d’un restaurant n’influe-t-elle pas sur l’appréhension que l’on a des mets ?
Le marché est depuis plusieurs années en forte progression et, eu égard au dynamisme des marques italiennes et asiatiques, la stratégie des constructeurs français revêt toutes les apparences de la frilosité ou du défaut d’ambition, choses bien dommageables pour des groupes d’envergure internationale.
Encore peut-on comprendre les tentatives de Renault qui s’est contenté d’ajouter un toit non rigide et de coller son losange sur des engins sortis des ateliers italiens.
Mais comment accepter que Peugeot, qui n’en est pas pourtant à son premier deux roues et qui bénéficiait jusques là d’une bonne image auprès des professionnels aussi bien que des particuliers, s’égare dans des productions si préjudiciables pour son image et si peu adaptées au dynamisme du marché.
Certes en France les ventes ne sont pas catastrophiques puisque les clients ont tendance à choisir en priorité une marque locale, mais on peut s’inquiéter pour les ventes à l’étranger à court terme et partout sur le long terme. On peut aussi s’interroger sur les profits que peuvent générer des productions reposant presque exclusivement sur des technologies développées et produites en externe. En effet, mis à part quelques excentricités dans la conception de selles larges ou de suspensions avant mono-bras pour des modèles 50 cm3 haut de gamme ou un turbo greffé sur un moteur Piaggio pour un modèle Maxi, les motocycles Peugeot contemporains s’illustrent surtout par un défaut de fiabilité. De même, on peut s’inquiéter du message envoyé aux futurs clients par Peugeot : vous faites une affaire en achetant asiatique, le produit est le même mais moins cher !
Il faut espérer que le New Vivacity, doté d'un coffre supplémentaire et d'un moteur italien, suffise pour faire oublier les égarements du Vclic.
A l’issue d’un match très serré, où chaque joueur a pu démontrer un talent remarquable, Gaël Monfils est néanmoins passé à côte de l’exploit.
La première manche a filé un peu vite à l’avantage du champion Roger Federer en raison d’un problème de lentilles cassées. Mais lors de la deuxième manche, Gaël retrouve un niveau de jeu solide et la remporte en réalisant une couverture de terrain hors du commun. Cependant les deux manches suivantes bien que très disputées tournent à l’avantage du Suisse qui demeure toujours extrêmement concentré et précis lors des points importants. Gaël ne trouve pas les ressources pour saisir les balles de break qui se présentent en sa faveur dans la quatrième et dernière manche et s’incline en ayant prouvé largement qu’il mérite une place dans le Top Ten tant il a poussé le numéro un mondial à sortir des coups rares. En effet, en cette treizième journée du tournoi parisien, Nadal a battu le numéro cinq Djokovic beaucoup plus facilement que le leader du classement ATP n’a battu Gaël à peine classé 59ème en raison de quelques soucis de santé qui l’ont empêché de jouer ses dernières semaines. Le retour du jeune joueur au meilleur niveau est prometteur mais laisse ses supporters un peu sur leur faim. Monfils enchaine ainsi sa quatrième défaite face à Roger Federer.
« C’est une performance magnifique pour loi [sic] ! » déclare Federer sollicité par les journalistes en fin de match en faisant un lapsus qui tend à montrer qu’en même temps qu’il souhaite se montrer fairplay vis-à-vis de son adversaire, il prend toute la mesure de la qualité de jeu qu’a exigée de sa part cette rencontre.
Jusqu’au 20 juillet, la Comédie Française donne en alternance plusieurs représentations d’une pièce nouvellement ajoutée au répertoire, grâce au travail de la traductrice Marie Hélène Piwnic, à la mise en scène d’Emilie Valantin et à la scénographie d’Eric Ruff, dans une version très respectueuse des conditions des premières créations qui utilisaient des marionnettes pour donner l’illusion de la présence d’animaux, d’enfants ou de nombreux personnages ou pour faciliter la figuration de péripéties telles que les duels à cheval.
Il s’agit de la Vie du Grand D. Quichotte de la Manche et du Gros Sancho Pançade l’auteur lusophone du XVIIIe siècle, Antonio José da Silva dit le « judeu ». L’œuvre n’est pas seulement une parodie du roman célèbre de Cervantès mais un hommage qui met les personnages de l’auteur espagnol au rang des types théâtraux traditionnels. De plus nous pourrions dire que l’œuvre désignée à l’époque de sa production par le terme d'opéra fait peut-être écho à des motifs présents dans l’œuvre originale et que des lecteurs éminents de Cervantès ont décrit comme faisant partie des procédés d’une esthétique de la dissimulation et de l’équivoque justifiée par l’hypothèse d’un auteur qui cacherait sa foi juive dans le cadre d’un système inquisitoire très zélé dans la Péninsule Ibérique. Sans rentrer ici dans les débats d’experts à propos de la confession de Cervantès, il est assez tentant de mettre en parallèle la figure du juif errant et celle du chevalier errant, toutes deux enchaînées à leur ascendance qui les distingue et percevant des dangers ou des ennemis là où le commun ne voit rien ou ferme les yeux.
Antonio José da Silva n’avait pas choisi d’être juif. Au contraire, sa famille s’était convertie au christianisme avant de s’installer au Brésil à la faveur du traité de paix avec les Hollandais qui rendait le pays relativement tolérant. De plus elle avait une pratique religieuse publique assidue. Pourtant, à peine âgé de 7 ans en 1711, le jeune Antonio fut séparé de sa mère que l’Inquisition déporta au Portugal et dès lors sa famille fut contrainte à un long voyage pour suivre la captive. L’auteur fit donc ses études de droit Canonique à Coimbra. Cependant, en 1726, avant qu’il ne les eût terminées, il connut, une première fois, la prison et la torture puis il dut renoncer, lors d’un « auto-de-fé », à des pratiques qu’il n’avait pourtant, semble-t-il, jamais eues. Après cet épisode, commença enfin sa courte carrière de dramaturge avec la pièce actuellement à la Comédie Française. En effet, les personnages et le décor cervantesques offrent une matière propice à interroger les notions de justice, d’identité, de vérité, de beauté, etc. dans une sorte d’euphorie un peu baroque mais non dénuée de distanciation dont témoignent les chants insérés dans la pièce d’Antonio José da Silva.
Ainsi la scène la plus célèbre contient une tirade où il incombe à Sancho de définir la justice :
« Sachez, tout d’abord, que la Justice est chose imaginaire et qu’une telle femme n’existe pas au monde, ni chair, ni sang, comme verbi gratia la dame Dulcinée del Toboso, ni plus ni moins. Cependant, comme il était nécessaire d’avoir une telle figure au sein du monde pour faire peur aux grandes personnes, comme le loup aux enfants, on imagina une femme vêtue comme un personnage d’une tragédie, parce que toute justice se termine toujours en tragédie. On banda ses yeux, parce d’aucuns dirent qu’elle louchait et qu’elle avait un œil à la place de l’autre, et, comme la Justice se devait d’être droite, pour que l’on ne lui trouve pas ce défaut, on lui couvrit donc rapidement les yeux. L’épée à la main signifie que la Justice mènera tout par l’épée, ce qui veut dire à tort et à travers (…) »
Sept autres pièces lui sont attribuées qui gardent cet esprit opéra comique assez en vogue dans les théâtres populaires du Portugal dans la première moitié du XVIII. Mais à nouveau, en 1737 l’Inquisition se rappelle au bon souvenir de l’auteur lequel est exécuté lors de l’autodafé de Lisbonne du 18 octobre 1739.
Les études littéraires brésiliennes, portugaises et juives donnent une place assez importante à cet auteur à qui la Comédie Française rend aujourd’hui hommage et justice. La première pièce d’Antonio José da Silva adaptée fidèlement aujourd’hui donne à voir le talent rare d’acteurs qui manipulent élégamment des pantins, font les voix de plusieurs personnages et chantent avec justesse et générosité des airs assez ardus. Bref, l’excellence de la troupe ( Véronique Vella, Michel Favory, Isabelle Gardien, Sylvia Bergé, Christian Blanc, Alain Lenglet, Nicolas Lormeau, Christian Gonon, Léonie Simaga, Grégory Gadebois) égale celle de la pièce.
Cependant, comme souvent, le public d’habitués boude les œuvres qui sortent du répertoire habituel de la Comédie Française et à la fin de la représentation applaudit de façon bien trop mesurée alors qu’il lance, debout, des bravos pour la moindre récitation même raide d'alexandrins de Racine.
Les mouvements étudiants ne s'illustrent plus seulement par leur manque de démocratie, leur violence ou leur aversion à l'égard de toute réforme. Le deuxième congrès de la Confédération étudiante a marqué le début d'une étape nouvelle dans le développement d'une association étudiante qui n'a pas peur du monde de l'entreprise, qui pense que la nécessité d'une meilleure insertion professionnelle ne remet pas en cause l'exigence d'une recherche de haut niveau.
Julie Coudry, avide de nouveaux défis alors qu'elle quitte un mouvement auquel elle a donné une image nationale, se lance dans la création d'un organe capable d'aider les étudiants à mieux s'orienter dans le monde professionnel.
Son successeur nouvellement élu à la tête de la Confédération, Baki Youssoufou fait montre de beaucoup d'énergie ainsi que d'une vision réaliste et nuancée de la condition étudiante.
Pour le renouvellement des mouvements étudiants et pour une plus grande crédibilité des associations ou syndicats représentant les étudiants dans les conseils centraux des universités, il faut espérer que la Confédération étudiante ne succombe pas aux bassesses flagrantes des syndicats majoritaires capables d'alimenter la peur et l'ignorance des étudiants à coups de force rumeurs.
Pour l’anniversaire de sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy a souhaité rassurer les électeurs subtilisés à celui qui a tenté de faire parler de lui en tenant à nouveau publiquement des propos révisionnistes. Il est vrai que la désinvolture de la première question du journaliste Yves Calvi avait de quoi pousser hors de lui le bouillant président. « Les clandestins font-ils partie de la France qui se lève tôt ? » Le fait de connaître les questions en avance n’empêche pas notre président de s’indigner et de qualifier, en bégayant, une telle affirmation de pure hypocrisie.
Rappelons, en passant, que les solutions proposées par les deux camps qui se sont partagé le pouvoir depuis 30 ans sont comparables pour autant qu’elles prennent pour principe qu’il y a un problème d’immigration clandestine. Il n’échappe pourtant à personne que les droits de l’Homme sont à l’opposé de ce principe. Cela étant, en période de ralentissement économique, la désignation d’un coupable et l’exaltation de valeurs passablement désuètes permettent d’éveiller la sympathie de ceux qui ont peur.
Il n’est pas certain que les clandestins coûtent quoi que soit à l’Etat hormis les dépenses engagées dans le cadre des expulsions, mais il est indéniable qu’ils profitent au président en ces temps où les sondages le donnent au plus bas et où ceux de son camp n’hésitent plus à exprimer leur désapprobation face à l’amateurisme de l’action gouvernementale et du président lui-même.
Pourtant les propos du président ne font pas l’économie de pousser une catégorie de la population contre une autre, en l’espèce les immigrés réguliers contre les clandestins. « Il y a 22% de chômeurs chez les immigrés légaux », précise-t-il. Là où d’aucuns voient des emplois volés aux Français par tous les immigrés, le président nuance en faisant confiance en la peur des immigrés réguliers. Beau pari qui désamorce toute tentative de procès en xénophobie à son endroit et qui pourrait un tant soit peu faire décoller les sondages.
Grand spécialiste des théories de la communication, le président ne fait pas non plus l’économie du procès d’intentions d'une part en qualifiant le travail d’une association défendant les droits de l’Homme et l’action individuelle des intéressés de «petit coup médiatique», et d'autre part en accusant les employeurs de mauvaise foi le jour où ils font face à la réalité, ce qui est loin d'être le cas de toutes les sociétés dans des situations de fonctionnement identiques.
Dans fous les cas, il n’y aura pas de légalisation globale. C’est le souhait du président qui se réclame de la loi française et veut éviter le mythique «appel d’air». Le fait qu’il s’emporte et n’entend guère les questions du journaliste ni même ce qu’il dit. « Je ne suis pas un roi moi. Il y a une loi. Je souhaite qu’on applique la loi. La loi prévoit un certain nombre de critères pour devenir français. D’abord, il faut le demander, ensuite il faut parler français, enfin il faut justifier d’un contrat de travail ou d’un minimum de ressources. » Les journalistes font mine de ne pas remarquer mais poursuivent leurs questions sur la possibilité de la légalisation des 800 travailleurs sans papiers qui paient leurs impôts et qui bénéficient de l’appui de leurs employeurs.
« Est-ce qu’il n’y a pas un moment la fiche de paie de quelqu’un qui est là et qui travaille depuis 2,3,4,5 ans, vaut titre de séjour ? » persiste Yves Calvi.
La réponse du président est fulgurante. Il est resté le même, le ministre de l’intérieur brouillon et violent, il n’a pas changé. Mais en doutions-nous ?
« Non. Ou alors, il faut que le parlement vote une loi qui consiste à dire que toute personne qui a un contrat de travail en France a vocation à être français. C’est pas la loi. Pour avoir vocation à être français, il faut signer un contrat d’intégration où l’on s’engage à respecter loi, à apprendre le français, à avoir un logement, il ne suffit pas que l’un des adhérents de M. Daguin donne un contrat dans des conditions, d’ailleurs, qu’il faut qu’on examine [sic], pour devenir français [sic]. La nationalité, la citoyenneté, ça obéit à des règles et le P. De la République n’a pas à s’exonérer de ces lois. C’est quand même extraordinaire, on voudrait me faire changer la loi à chaque fois qu’un sujet d’intérêt médiatique [sic] se manifeste (…) », répond le président avec de l’agacement et de l’amusement mêlés. Les journalistes l’ennuient mais le thème l’inspire, pense-t-il, et rapporte des électeurs.
S’agissant des préconisations du rapport Attali en matière d’immigration, le président les écarte d’un revers de main et fait valoir l’immigration choisie et le chômage actuel.
S’agissant de la proposition faite par lui en tant que ministre de l’intérieur de donner le droit de vote aux immigrés non européens ayant vécu en France plus de dix ans, le président prétexte son manque d’appuis au sein la majorité. Le président prétend essayer de dépassionner le débat sur l’immigration pour le rendre « civilisé et responsable » loin des extrémismes.
Mais, jusqu’à preuve du contraire, nous sommes en droit de nous demander si l’homme peut mener un débat «civilisé et responsable».
Évoquant, dans une émission de télévision, l’inflation des matières premières alimentaires, Dominique Strauss-Kahn a déclaré, à juste titre, que "[d]ans un ensemble de pays, notamment africains, cela va entraîner des désordres sur le plan économique, mais aussi des souffrances du point de vue des individus considérables, puisque cela va déséquilibrer une des bases de l'alimentation dans ces pays".
Comme le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qui avait qualifié la production massive de biocarburants de «crime contre l’humanité», le président du FMI affirme à son tour que cela «pose un vrai problème moral».
C’est heureux que d’aussi hautes institutions internationales prennent conscience du problème mais il n’est pas sûr que ce soit suffisant. En effet, comment ne pas s’inquiéter de l’ingénuité avec laquelle les raisonnements des deux entités aboutissent à accuser d’immoralité les productions de biocarburants faites à partir de cultures pouvant alternativement être destinées à l’alimentation ? Est-ce plus moral de continuer à extraire et à utiliser une énergie fossile ? Est-ce plus moral de ne rien faire pour lutter contre la désertification ? De ne pas développer une politique internationale visant à encourager les cultures vivrières intégrées à des actions de protection de la biodiversité ? De ne pas avoir de dispositifs internationaux pouvant contrôler les prix des denrées primordiales ?
Le problème est pourtant plus global que ne le portent à croire les propos de DSK. Plusieurs aspects en vrac : scientifique, économique et politique au moins. En effet le problème dont nous voyons aujourd’hui les symptômes n’est pas celui simplement de l’inflation sur les produits convoités par la production de biocarburants mais aussi celui de la raréfaction des terres arables dans un contexte de recherches visant à remplacer l’utilisation du pétrole et à diminuer la pollution en général et les rejets en CO2 en particulier.
Ce qui est immoral, c’est de ne pas partager les ressources de manière équitable, c’est d’alimenter les haines des uns contre les autres, c’est la corruption, le crime, la concurrence sans équité… que sais-je encore ?
L’évaluation des biocarburants de première génération ne doit pas être faite à l’aune de normes morales, mais selon leur efficacité. L’expérience menée jusqu’ici revêt au moins un aspect positif : celui d’avoir préparé le chemin, la voie aux biocarburants nouveaux, produits à partir exclusivement de déchets ou issus de cultures participant à la lutte contre la désertification et à la protection de la diversité des espèces.
L’enjeu n’est pas, à proprement parler, moral mais économique, humanitaire et écologique, et il dépasse le simple abandon des biocarburants issus de productions pouvant entrer dans la consommation humaine.
L’inflation actuelle des denrées alimentaires doit au moins autant à d’autres paramètres économiques tels que le prix du carburant, la conjoncture économique actuelle, la sous-production européenne due à de mauvaises prévisions et à des terres laissées en jachère, etc. qu’à la simple explosion de la demande des producteurs de biocarburants.
Certes les biocarburants tels qu’ils sont produits aujourd’hui sont immoraux au sens où ils ne peuvent être généralisés puisqu’ils rentrent en concurrence avec l’agriculture traditionnelle. Mais ils le sont aussi puisqu’ils augmentent la pression sur les forêts. Ainsi, loin d’influer sur le prix du sucre, la production de bioéthanol au Brésil conduit à une déforestation importante et à une réduction drastique des espèces végétales et animales au profit d’une monoculture. Cependant, si l’on garde la même perspective, beaucoup d’autres de nos habitudes de pays privilégiés ne sauraient devenir celles de tous les humains sur la planète sous peine de très toucher le fond des ressources en énergie ou d’augmenter encore plus brutalement les températures et le niveau de la mer. Le mode de vie occidental est à bien des égards complètement immoral.
Si le FMI entend faire la chasse à l’immoral, il aura fort à faire. S’il entend influer sur les politiques énergétiques des grandes puissances, il faut croire qu’il faudra plus qu’un argument moral (scientifique, économique par exemple) pour créer les conditions d’un véritable progrès. S’il souhaite réduire l’impact du ralentissement économique mondial sur les pays et les populations les plus fragilisées, le chantier demande la coordination de plusieurs actions qui outrepassent les prérogatives de l’institution internationale.
En définitive, nous pouvons souhaiter que, contrairement à ce que laisse espérer, par exemple, la mauvaise santé chronique de l’ONU, de tels enjeux rendent évidente la nécessité d’une collaboration équitable et solidaire de tous les pays.
L'école est en crise, dit-on. Pourtant les parents et le système scolaire essaient par tous les moyens d'intégrer au cursus ordinaire des enfants en grande difficulté pour des motifs divers dont la maladie ou le handicap . Sur le fond rien à redire, mais la réalité est plus décevante.
Si l'on considère que le système est défaillant pour l'élève moyen, comment penser que l'école puisse compenser le retard ou le handicap à raison de quelques maîtres spécialisés et autant d'assistants d'éducation flanqués de titres obscurs qui cachent mal le peu de formation exigée et la mièvre rémunération perçue ?
Si tous les chemins mènent à Rome, pourquoi l'école ne valorise-t-elle pas les parcours atypiques, les méthodes différentes, la diversité des projets, etc. dans le souci d'une véritable transmission ? La tyrannie de l'intégration et l'uniformisation des méthodes répondent d'abord à l'inquiétude des parents. L'égalité des chances n'exige pas l'uniformité du modus operandi.
Toutes les trouvailles qui semblent, dans un futur proche, pouvoir préserver nos habitudes de vie sont souvent mieux accueillies que les inventions antiques et délaissées ou nouvelles qui peuvent mettre en péril l'image qu'une société se fait d'elle-même. Ainsi les agrocarburants ont semblé, à plusieurs égards, la solution idéale pour garder nos voitures en l’état et nos embouteillages avec, le tout dans la meilleure des bonnes consciences au milieu d’odeurs gourmandes de fritures diverses.
Aujourd’hui, malgré les tentatives pour conjuguer la production d’agrocarburants à la lutte contre la désertification ou à la protection de la diversité des espèces, la forte progression du nombre des exploitations agricoles intensives a surtout contribué, d’une part, à généraliser les semences transgéniques et, d’autre part, à faire augmenter le prix des produits agricoles alimentaires dans un contexte de raréfaction des terres arables.
Il n’est guère besoin d’étayer bien longtemps l’affirmation selon laquelle les agrocarburants tels qu'ils ont été conçus jusqu'ici ne sont pas une solution d’avenir. Les enjeux du XXIe siècle demandent une réflexion plus globale et plus informée. Ils exigent un changement radical des objectifs assignés à la recherche. À défaut de cela, ce que l’on voit aujourd’hui dans des pays fragilisés pourra déferler ailleurs dans le sillon d’autres fléaux.
Des émeutes de la faim ont déjà eu lieu en Haïti, au Sénégal, en Egypte, au Cameroun, au Burkina-Faso et ailleurs. Les populations ainsi exposées à l’augmentation des prix expriment, dans un mouvement désespéré, leur conscience d’un droit inaltérable à des ressources alimentaires minimales. Quelle légitimité et quelle efficacité pouvons-nous prêter à des programmes énergétiques qui mettent en péril l’équilibre alimentaire mondial ?