mardi 29 avril 2008

Sarkozy : pour son anniversaire pas de légalisation globale des clandestins

Pour l’anniversaire de sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy a souhaité rassurer les électeurs subtilisés à celui qui a tenté de faire parler de lui en tenant à nouveau publiquement des propos révisionnistes. Il est vrai que la désinvolture de la première question du journaliste Yves Calvi avait de quoi pousser hors de lui le bouillant président. « Les clandestins font-ils partie de la France qui se lève tôt ? » Le fait de connaître les questions en avance n’empêche pas notre président de s’indigner et de qualifier, en bégayant, une telle affirmation de pure hypocrisie.

Rappelons, en passant, que les solutions proposées par les deux camps qui se sont partagé le pouvoir depuis 30 ans sont comparables pour autant qu’elles prennent pour principe qu’il y a un problème d’immigration clandestine. Il n’échappe pourtant à personne que les droits de l’Homme sont à l’opposé de ce principe. Cela étant, en période de ralentissement économique, la désignation d’un coupable et l’exaltation de valeurs passablement désuètes permettent d’éveiller la sympathie de ceux qui ont peur.

Il n’est pas certain que les clandestins coûtent quoi que soit à l’Etat hormis les dépenses engagées dans le cadre des expulsions, mais il est indéniable qu’ils profitent au président en ces temps où les sondages le donnent au plus bas et où ceux de son camp n’hésitent plus à exprimer leur désapprobation face à l’amateurisme de l’action gouvernementale et du président lui-même.

Pourtant les propos du président ne font pas l’économie de pousser une catégorie de la population contre une autre, en l’espèce les immigrés réguliers contre les clandestins. « Il y a 22% de chômeurs chez les immigrés légaux », précise-t-il. Là où d’aucuns voient des emplois volés aux Français par tous les immigrés, le président nuance en faisant confiance en la peur des immigrés réguliers. Beau pari qui désamorce toute tentative de procès en xénophobie à son endroit et qui pourrait un tant soit peu faire décoller les sondages.

Grand spécialiste des théories de la communication, le président ne fait pas non plus l’économie du procès d’intentions d'une part en qualifiant le travail d’une association défendant les droits de l’Homme et l’action individuelle des intéressés de «petit coup médiatique», et d'autre part en accusant les employeurs de mauvaise foi le jour où ils font face à la réalité, ce qui est loin d'être le cas de toutes les sociétés dans des situations de fonctionnement identiques.



Dans fous les cas, il n’y aura pas de légalisation globale. C’est le souhait du président qui se réclame de la loi française et veut éviter le mythique «appel d’air». Le fait qu’il s’emporte et n’entend guère les questions du journaliste ni même ce qu’il dit. « Je ne suis pas un roi moi. Il y a une loi. Je souhaite qu’on applique la loi. La loi prévoit un certain nombre de critères pour devenir français. D’abord, il faut le demander, ensuite il faut parler français, enfin il faut justifier d’un contrat de travail ou d’un minimum de ressources. » Les journalistes font mine de ne pas remarquer mais poursuivent leurs questions sur la possibilité de la légalisation des 800 travailleurs sans papiers qui paient leurs impôts et qui bénéficient de l’appui de leurs employeurs.


« Est-ce qu’il n’y a pas un moment la fiche de paie de quelqu’un qui est là et qui travaille depuis 2,3,4,5 ans, vaut titre de séjour ? » persiste Yves Calvi.


La réponse du président est fulgurante. Il est resté le même, le ministre de l’intérieur brouillon et violent, il n’a pas changé. Mais en doutions-nous ?


« Non. Ou alors, il faut que le parlement vote une loi qui consiste à dire que toute personne qui a un contrat de travail en France a vocation à être français. C’est pas la loi. Pour avoir vocation à être français, il faut signer un contrat d’intégration où l’on s’engage à respecter loi, à apprendre le français, à avoir un logement, il ne suffit pas que l’un des adhérents de M. Daguin donne un contrat dans des conditions, d’ailleurs, qu’il faut qu’on examine [sic], pour devenir français [sic]. La nationalité, la citoyenneté, ça obéit à des règles et le P. De la République n’a pas à s’exonérer de ces lois. C’est quand même extraordinaire, on voudrait me faire changer la loi à chaque fois qu’un sujet d’intérêt médiatique [sic] se manifeste (…) », répond le président avec de l’agacement et de l’amusement mêlés. Les journalistes l’ennuient mais le thème l’inspire, pense-t-il, et rapporte des électeurs.


S’agissant des préconisations du rapport Attali en matière d’immigration, le président les écarte d’un revers de main et fait valoir l’immigration choisie et le chômage actuel.


S’agissant de la proposition faite par lui en tant que ministre de l’intérieur de donner le droit de vote aux immigrés non européens ayant vécu en France plus de dix ans, le président prétexte son manque d’appuis au sein la majorité. Le président prétend essayer de dépassionner le débat sur l’immigration pour le rendre « civilisé et responsable » loin des extrémismes.



Mais, jusqu’à preuve du contraire, nous sommes en droit de nous demander si l’homme peut mener un débat «civilisé et responsable».

samedi 26 avril 2008

Question de morale ?


Évoquant, dans une émission de télévision, l’inflation des matières premières alimentaires, Dominique Strauss-Kahn a déclaré, à juste titre, que "[d]ans un ensemble de pays, notamment africains, cela va entraîner des désordres sur le plan économique, mais aussi des souffrances du point de vue des individus considérables, puisque cela va déséquilibrer une des bases de l'alimentation dans ces pays".

Comme le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qui avait qualifié la production massive de biocarburants de «crime contre l’humanité», le président du FMI affirme à son tour que cela «pose un vrai problème moral».

C’est heureux que d’aussi hautes institutions internationales prennent conscience du problème mais il n’est pas sûr que ce soit suffisant. En effet, comment ne pas s’inquiéter de l’ingénuité avec laquelle les raisonnements des deux entités aboutissent à accuser d’immoralité les productions de biocarburants faites à partir de cultures pouvant alternativement être destinées à l’alimentation ? Est-ce plus moral de continuer à extraire et à utiliser une énergie fossile ? Est-ce plus moral de ne rien faire pour lutter contre la désertification ? De ne pas développer une politique internationale visant à encourager les cultures vivrières intégrées à des actions de protection de la biodiversité ? De ne pas avoir de dispositifs internationaux pouvant contrôler les prix des denrées primordiales ?

Le problème est pourtant plus global que ne le portent à croire les propos de DSK. Plusieurs aspects en vrac : scientifique, économique et politique au moins. En effet le problème dont nous voyons aujourd’hui les symptômes n’est pas celui simplement de l’inflation sur les produits convoités par la production de biocarburants mais aussi celui de la raréfaction des terres arables dans un contexte de recherches visant à remplacer l’utilisation du pétrole et à diminuer la pollution en général et les rejets en CO2 en particulier.

Ce qui est immoral, c’est de ne pas partager les ressources de manière équitable, c’est d’alimenter les haines des uns contre les autres, c’est la corruption, le crime, la concurrence sans équité… que sais-je encore ?


L’évaluation des biocarburants de première génération ne doit pas être faite à l’aune de normes morales, mais selon leur efficacité. L’expérience menée jusqu’ici revêt au moins un aspect positif : celui d’avoir préparé le chemin, la voie aux biocarburants nouveaux, produits à partir exclusivement de déchets ou issus de cultures participant à la lutte contre la désertification et à la protection de la diversité des espèces.

L’enjeu n’est pas, à proprement parler, moral mais économique, humanitaire et écologique, et il dépasse le simple abandon des biocarburants issus de productions pouvant entrer dans la consommation humaine.

L’inflation actuelle des denrées alimentaires doit au moins autant à d’autres paramètres économiques tels que le prix du carburant, la conjoncture économique actuelle, la sous-production européenne due à de mauvaises prévisions et à des terres laissées en jachère, etc. qu’à la simple explosion de la demande des producteurs de biocarburants.

Certes les biocarburants tels qu’ils sont produits aujourd’hui sont immoraux au sens où ils ne peuvent être généralisés puisqu’ils rentrent en concurrence avec l’agriculture traditionnelle. Mais ils le sont aussi puisqu’ils augmentent la pression sur les forêts. Ainsi, loin d’influer sur le prix du sucre, la production de bioéthanol au Brésil conduit à une déforestation importante et à une réduction drastique des espèces végétales et animales au profit d’une monoculture. Cependant, si l’on garde la même perspective, beaucoup d’autres de nos habitudes de pays privilégiés ne sauraient devenir celles de tous les humains sur la planète sous peine de très toucher le fond des ressources en énergie ou d’augmenter encore plus brutalement les températures et le niveau de la mer. Le mode de vie occidental est à bien des égards complètement immoral.

Si le FMI entend faire la chasse à l’immoral, il aura fort à faire. S’il entend influer sur les politiques énergétiques des grandes puissances, il faut croire qu’il faudra plus qu’un argument moral (scientifique, économique par exemple) pour créer les conditions d’un véritable progrès. S’il souhaite réduire l’impact du ralentissement économique mondial sur les pays et les populations les plus fragilisées, le chantier demande la coordination de plusieurs actions qui outrepassent les prérogatives de l’institution internationale.

En définitive, nous pouvons souhaiter que, contrairement à ce que laisse espérer, par exemple, la mauvaise santé chronique de l’ONU, de tels enjeux rendent évidente la nécessité d’une collaboration équitable et solidaire de tous les pays.

dimanche 13 avril 2008

La tyrannie de l'intégration

L'école est en crise, dit-on. Pourtant les parents et le système scolaire essaient par tous les moyens d'intégrer au cursus ordinaire des enfants en grande difficulté pour des motifs divers dont la maladie ou le handicap . Sur le fond rien à redire, mais la réalité est plus décevante.

Si l'on considère que le système est défaillant pour l'élève moyen, comment penser que l'école puisse compenser le retard ou le handicap à raison de quelques maîtres spécialisés et autant d'assistants d'éducation flanqués de titres obscurs qui cachent mal le peu de formation exigée et la mièvre rémunération perçue ?

Si tous les chemins mènent à Rome, pourquoi l'école ne valorise-t-elle pas les parcours atypiques, les méthodes différentes, la diversité des projets, etc. dans le souci d'une véritable transmission ? La tyrannie de l'intégration et l'uniformisation des méthodes répondent d'abord à l'inquiétude des parents. L'égalité des chances n'exige pas l'uniformité du modus operandi.

samedi 12 avril 2008

La faim des agrocarburants ?

Toutes les trouvailles qui semblent, dans un futur proche, pouvoir préserver nos habitudes de vie sont souvent mieux accueillies que les inventions antiques et délaissées ou nouvelles qui peuvent mettre en péril l'image qu'une société se fait d'elle-même. Ainsi les agrocarburants ont semblé, à plusieurs égards, la solution idéale pour garder nos voitures en l’état et nos embouteillages avec, le tout dans la meilleure des bonnes consciences au milieu d’odeurs gourmandes de fritures diverses.
Aujourd’hui, malgré les tentatives pour conjuguer la production d’agrocarburants à la lutte contre la désertification ou à la protection de la diversité des espèces, la forte progression du nombre des exploitations agricoles intensives a surtout contribué, d’une part, à généraliser les semences transgéniques et, d’autre part, à faire augmenter le prix des produits agricoles alimentaires dans un contexte de raréfaction des terres arables.


Il n’est guère besoin d’étayer bien longtemps l’affirmation selon laquelle les agrocarburants tels qu'ils ont été conçus jusqu'ici ne sont pas une solution d’avenir. Les enjeux du XXIe siècle demandent une réflexion plus globale et plus informée. Ils exigent un changement radical des objectifs assignés à la recherche. À défaut de cela, ce que l’on voit aujourd’hui dans des pays fragilisés pourra déferler ailleurs dans le sillon d’autres fléaux.




Des émeutes de la faim ont déjà eu lieu en Haïti, au Sénégal, en Egypte, au Cameroun, au Burkina-Faso et ailleurs. Les populations ainsi exposées à l’augmentation des prix expriment, dans un mouvement désespéré, leur conscience d’un droit inaltérable à des ressources alimentaires minimales. Quelle légitimité et quelle efficacité pouvons-nous prêter à des programmes énergétiques qui mettent en péril l’équilibre alimentaire mondial ?