vendredi 30 mai 2008

Un opéra guignol


Jusqu’au 20 juillet, la Comédie Française donne en alternance plusieurs représentations d’une pièce nouvellement ajoutée au répertoire, grâce au travail de la traductrice Marie Hélène Piwnic, à la mise en scène d’Emilie Valantin et à la scénographie d’Eric Ruff, dans une version très respectueuse des conditions des premières créations qui utilisaient des marionnettes pour donner l’illusion de la présence d’animaux, d’enfants ou de nombreux personnages ou pour faciliter la figuration de péripéties telles que les duels à cheval.

Il s’agit de la Vie du Grand D. Quichotte de la Manche et du Gros Sancho Pança de l’auteur lusophone du XVIIIe siècle, Antonio José da Silva dit le « judeu ». L’œuvre n’est pas seulement une parodie du roman célèbre de Cervantès mais un hommage qui met les personnages de l’auteur espagnol au rang des types théâtraux traditionnels. De plus nous pourrions dire que l’œuvre désignée à l’époque de sa production par le terme d'opéra fait peut-être écho à des motifs présents dans l’œuvre originale et que des lecteurs éminents de Cervantès ont décrit comme faisant partie des procédés d’une esthétique de la dissimulation et de l’équivoque justifiée par l’hypothèse d’un auteur qui cacherait sa foi juive dans le cadre d’un système inquisitoire très zélé dans la Péninsule Ibérique. Sans rentrer ici dans les débats d’experts à propos de la confession de Cervantès, il est assez tentant de mettre en parallèle la figure du juif errant et celle du chevalier errant, toutes deux enchaînées à leur ascendance qui les distingue et percevant des dangers ou des ennemis là où le commun ne voit rien ou ferme les yeux.


Antonio José da Silva n’avait pas choisi d’être juif. Au contraire, sa famille s’était convertie au christianisme avant de s’installer au Brésil à la faveur du traité de paix avec les Hollandais qui rendait le pays relativement tolérant. De plus elle avait une pratique religieuse publique assidue. Pourtant, à peine âgé de 7 ans en 1711, le jeune Antonio fut séparé de sa mère que l’Inquisition déporta au Portugal et dès lors sa famille fut contrainte à un long voyage pour suivre la captive. L’auteur fit donc ses études de droit Canonique à Coimbra. Cependant, en 1726, avant qu’il ne les eût terminées, il connut, une première fois, la prison et la torture puis il dut renoncer, lors d’un « auto-de-fé », à des pratiques qu’il n’avait pourtant, semble-t-il, jamais eues. Après cet épisode, commença enfin sa courte carrière de dramaturge avec la pièce actuellement à la Comédie Française. En effet, les personnages et le décor cervantesques offrent une matière propice à interroger les notions de justice, d’identité, de vérité, de beauté, etc. dans une sorte d’euphorie un peu baroque mais non dénuée de distanciation dont témoignent les chants insérés dans la pièce d’Antonio José da Silva.

Ainsi la scène la plus célèbre contient une tirade où il incombe à Sancho de définir la justice :

« Sachez, tout d’abord, que la Justice est chose imaginaire et qu’une telle femme n’existe pas au monde, ni chair, ni sang, comme verbi gratia la dame Dulcinée del Toboso, ni plus ni moins. Cependant, comme il était nécessaire d’avoir une telle figure au sein du monde pour faire peur aux grandes personnes, comme le loup aux enfants, on imagina une femme vêtue comme un personnage d’une tragédie, parce que toute justice se termine toujours en tragédie. On banda ses yeux, parce d’aucuns dirent qu’elle louchait et qu’elle avait un œil à la place de l’autre, et, comme la Justice se devait d’être droite, pour que l’on ne lui trouve pas ce défaut, on lui couvrit donc rapidement les yeux. L’épée à la main signifie que la Justice mènera tout par l’épée, ce qui veut dire à tort et à travers (…) »

Sept autres pièces lui sont attribuées qui gardent cet esprit opéra comique assez en vogue dans les théâtres populaires du Portugal dans la première moitié du XVIII. Mais à nouveau, en 1737 l’Inquisition se rappelle au bon souvenir de l’auteur lequel est exécuté lors de l’autodafé de Lisbonne du 18 octobre 1739.

Les études littéraires brésiliennes, portugaises et juives donnent une place assez importante à cet auteur à qui la Comédie Française rend aujourd’hui hommage et justice. La première pièce d’Antonio José da Silva adaptée fidèlement aujourd’hui donne à voir le talent rare d’acteurs qui manipulent élégamment des pantins, font les voix de plusieurs personnages et chantent avec justesse et générosité des airs assez ardus. Bref, l’excellence de la troupe ( Véronique Vella, Michel Favory, Isabelle Gardien, Sylvia Bergé, Christian Blanc, Alain Lenglet, Nicolas Lormeau, Christian Gonon, Léonie Simaga, Grégory Gadebois) égale celle de la pièce.



Cependant, comme souvent, le public d’habitués boude les œuvres qui sortent du répertoire habituel de la Comédie Française et à la fin de la représentation applaudit de façon bien trop mesurée alors qu’il lance, debout, des bravos pour la moindre récitation même raide d'alexandrins de Racine.

samedi 10 mai 2008

Le renouvellement du syndicalisme étudiant

Les mouvements étudiants ne s'illustrent plus seulement par leur manque de démocratie, leur violence ou leur aversion à l'égard de toute réforme. Le deuxième congrès de la Confédération étudiante a marqué le début d'une étape nouvelle dans le développement d'une association étudiante qui n'a pas peur du monde de l'entreprise, qui pense que la nécessité d'une meilleure insertion professionnelle ne remet pas en cause l'exigence d'une recherche de haut niveau.

Julie Coudry, avide de nouveaux défis alors qu'elle quitte un mouvement auquel elle a donné une image nationale, se lance dans la création d'un organe capable d'aider les étudiants à mieux s'orienter dans le monde professionnel.



Son successeur nouvellement élu à la tête de la Confédération, Baki Youssoufou fait montre de beaucoup d'énergie ainsi que d'une vision réaliste et nuancée de la condition étudiante.

Pour le renouvellement des mouvements étudiants et pour une plus grande crédibilité des associations ou syndicats représentant les étudiants dans les conseils centraux des universités, il faut espérer que la Confédération étudiante ne succombe pas aux bassesses flagrantes des syndicats majoritaires capables d'alimenter la peur et l'ignorance des étudiants à coups de force rumeurs.